George Marlwin titubait sur le trottoir désert, se raccrochant parfois aux murs et aux lampadaires pour ne pas s’effondrer et prendre le temps de se repérer. Le mot qu’il avait entendu presque toute la soirée lui tournait dans l’esprit comme une mélodie sans fin. Virer. Il venait d’être virer, et afin d’oublier ce malheureux évènement, il avait bu.
Trop.
Il buvait toujours beaucoup. Sa femme le lui reprochait d’ailleurs souvent mais qu’importe. Il fallait qu’il oublie, qu’il se noie. Et ce soir là, il avait largement dépassé ses limites.
Il n’était pas le premier à sombrer, et sûrement par le dernier. On parlait souvent de ces hommes aux chômages, leurs histoires étaient toutes identiques et ce résumaient en trois mots ; chômage-divorce-suicide. A présent George était entré dans cette spiral, il le savait et le divorce semblait pesé lourdement au dessus de sa tête telle l’épée de damoclès. Il était conscient de sa présence et redoutait le moment où cette dernière s’abattrait, brisant un peu plus sa vie.
Il avait décidément tout foiré…
Plus jeune, il rêvait de devenir écrivain. Il semblait bien partit, il avait un talent certain. «
Arrête de rêver George ». Il avait obéit.
A seize ans, il aspirait à devenir scientifique. Un célèbre scientifique, qui ferait bouger le monde et qui, grâce à son intelligence, sauverait des vies en créant de nouveaux vaccins. Il était fort en mathématiques, il aimait la science et aurait pus aisément réussir son parcours. «
Arrête de rêver George ». Il avait obéit.
***
A 21 ans, il achevait ses études et devenait ouvrier à temps plein dans une usine de textile, travailleur parmi 50 autres promis aux même destins. Il ne rêvait plus, il n’en avait plus le temps, plus l’envie.
Trier les chaussettes noirs des chaussettes blanches n’étaient pas une tâche compliquée, alors pourquoi était-il viré !? Pourquoi lui ?
Il soupira et s’envoya une nouvelle rasade de bière. Imbibé d’alcool, il n’avait plus les yeux en face des trous et la tête lui tournait. Il allait devoir appelé sa femme, lui mentir, accepter ses insultes bien senties, puis elle se calmerait, et une fois chez lui la dispute reprendrait. Le lendemain elle serait partie, le laissant seul avec sa haine, ses problèmes et son malheur. Oui, il voyait la suite se dérouler devant ses yeux comme un pellicule de film et chaque minute il se détestait un peu plus. Lui, mais aussi la société et tous ces gens qui avaient réussi. Eux au moins avaient fais preuve d’audace. Ils avaient fait grandir leurs rêves, y avaient crus. Alors que lui s’acharnaient à les oublier… «
Arrête de rêver George »…il avait obéit.
Une ombre devant lui le fit soudain cligner des yeux. Il tenta de la chasser d’un geste vague de la main mais en vain.
Tu n’es qu’un idiot George ! Cria une voix.
Tu croyais vraiment que tu pourrais réussir ? Sans rêve ? Sans but à poursuivre ?
« -ta gueule. » Grommela t’il.
Il s’apprêtait à reprendre une gorgée de bière lorsque la voix retentit à nouveau.
Tu penses que ce n’est pas de ta faute si tu as échoué ? C’est de la faute des autres, hein ? Et bien non ! Tu as tout raté en abandonnant tes rêves…
« -Tais toi bon sang ! »
Il se boucha les oreilles. Mais c’était dans son esprit que retentissait la voix, quoiqu’il fasse il l’entendait toujours :
Tu es tombé dans la routine, tu es devenu quelqu’un d’intéressant, de pathétique. (Tu t'es contenté de flotter alors que tu aurais pu nager.) pas sur que je là garde cette phrase ^^
Tu avais tout pour réussir et tu as préféré te tourner vers le chemin le plus insipide, impersonnel. Tu avais des rêves que tu aurais pu réaliser, pourquoi les as tu abandonner ?! Tu avais le choix, George !…tu aurais pu être un autre…
La voix l’énervait, lui faisant un peu plus monté l’alcool à la tête. Il divaguait, cette fois c’était sûr, il était devenu complètement saoul.
***
D’accord, il aurait pu être quelqu’un d’autre, il aurait pu réussir, mais cela il le savait déjà ! Il le savait déjà et il l’avait toujours su !
« -laisser moi !! » hurla t’il tandis que la voix reprenait son discours.
Il lança son poing, espérant frapper quelque chose, faire taire l’individu qui l’embêtait tant. Mais il ne cogna que du vide. Car dans la rue il n’y avait personne. Personne, sauf lui. «
Je suis fou ! » Pensa t’il avec horreur. Livide, il tenta d’accélérer l’allure. Il voulut traverser la rue en courant, mais l’alcool lui embrumait l’esprit, il ne parvint qu’à faire quelque pas avant de s’effondrer sur les dalles froides du trottoir.
Fou !!! Il était fou ! Partout il voyait des gens aux visages contrariés, partout autour de lui ; son patron, ses amis, sa femme. Tous étaient là à lui tourné autour, à lui faire des reproches sur sa vie, sur la façon dont il avait vécu sa pitoyable existence. On lui avait dit d’arrêter de rêver, il n’avait fait qu’obéir !! Pourquoi lui ?! Pourquoi avait il abandonner ses rêves ?! Pourquoi leurs avait-il tourné le dos, alors qu'ils auraient pu le mener si haut ?!
Implorant, gémissant, il se traîna par terre et se releva. Rentrer chez lui, il devait rentrer chez lui et se coucher, il avait trop bu, beaucoup trop…
Katrine se réveilla en sursaut. Devant elle, la télé était encore allumée éclairant faiblement la pièce. Elle s’était endormie la télécommande en main en oubliant de l’éteindre. Ce n’était pourtant pas la télévision qui l’avait réveillé. Quelqu’un avait sonné à la porte de son appartement.
Marmonnant, ronchonnant, elle regarda l’heure et réalisa qu’il était plus de minuit passé. Celui qui était devant la porte ne pouvait être que son mari. Elle se leva en sentant la colère remonté en elle. Elle se serait arraché les cheveux de la tête lorsque ce dernier l’avait appelé, une heure plus tôt. A présent la femme se sentait prête à exploser.
Elle enfila une robe de chambre et s’approcha de la porte d’entrée. Un à un, Mme Marlwin retira les verrous et, ouvrant la porte en grand, se retrouva face à son mari.
Elle frissonna et lâcha un hoquet de surprise en voyant ce dernier trempé de la tête au pied, l’œil hagard et injecté de sang, les traits crispées, le teint livide.
Elle ouvrit la bouche pour lui dire d’entrer mais soudain, ce dernier recula violemment, les mains en avant comme pour se défendre.
-Ne m'en veux pas... murmura t'il avant de se retourner pour s’enfuir dans les couloirs.
-George ?! Cria sa femme tandis qu'elle l’entendait redescendre quatre à quatre les marches des escaliers, n’osant pas le suivre. Elle retourna dans l'appartement, dépitée, une lueur de peur dans le regard, se disant que de toute façon il reviendrait très vite…
Quelque heure plus tard, on retrouvait le corps sans vie de George Marlwin, pendu dans la cage d’escalier de son immeuble.
By Analya
In the fofo Plume d'Ecrivain