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que dire de plus ? En espèrant que vous passerez un bon moment sur ce
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;)

mwoua XD

Soixante et un ans, un mois et vingt six jours...
16 Jul 2008 
Elle est pas réelle... Si elle l'est !

Penser qu'il ne s'agirait que du fruit de son imagination lui faisait bien trop mal. Ils se connaissaient depuis si longtemps, elle avait tant partagé de sa vie, l'avait tant écouté lorsqu'il n'allait pas bien... La renier aurait été la trahir, et il s'y refusait. Mais tous le prenaient pour un fou lorsqu'il l'embrassait, lui parlait, la regardait avec tendresse.


Elle est belle... et réelle !

Elle avait toujours cette robe, celle d'un genre que les femmes portaient après la guerre et qu'elle n'avait jamais quitté depuis le jour où elle lui était apparue... Il en parlait chaque jour, chaque fois que quelqu'un venait le voir là, au bord de ce trottoir qui bordait la rue pavée du centre ville, et lui donnait une pièce ou un morceau de pain qu'il tentait d'économiser pour le reste de la nuit

Elle est venue me voir dès qu'j'ai atterri ici ! Elle est belle ! Vous voulez la voir ?

Mais comme tous les autres, les passants partaient en adressant simplement un sourire poli avant de le traiter de vieux fou en gloussant de rire au détours de la rue suivante. Ils avaient tout de même plus de tact que les clients du bistro de la rue d'à côté qui s'amusaient à parler d'elle, à s'en moquer... et ça il ne le supportait pas. Il aurait pu s'en aller bien sûr, déménager était plus simple pour lui que pour n'importe qui... mais c'était ici qu'elle lui était apparue pour la première fois, exactement soixante et un ans, un mois et vingt six jours plus tôt. Ce lieu était bien trop important à ses yeux. Et puis de toute façon il était conscient qu'après autant de temps, il n'avait plus autant de force pour résister à la rudesse des nuits d'hiver et que celle prévue allait probablement être a dernière. Un bilan de sa vie s'imposait donc... Or sa vie, c'était elle... Il devait lui demander ce qu'il en était. Il avait toujours voulu le faire, mais lui poser une telle question aurait été vexant pour elle qui jamais ne l'avait jugé. Mais il ne voulait pas partir sans savoir...

Alors dis moi... ils ont raison ces pochtrons de la rue d'à côté ? J'suis cinglé ? J'sais bien qu'j'devrais pas te d'mander ça mais... t'es réelle hein ? J'tai pas inventée quand même !

Et tandis que le froid de la nuit gelait une à une les parties de son corps le vieil homme se courba dans la couverture déchirée par les épreuves de la rue qu'une petite fille avait un jour voulu lui offrir sous le regard honteux de sa mère qui, une fois le geste accompli, avait tiré son enfant par le bras en lui soufflant sévèrement de ne jamais recommencer.
Tremblant de tous ses membres, la réponse à la question qu'il s'était toujours posée lui apparut comme une évidence. La prononcer à haute voix avait agi comme une illumination. Sa tête se tourna fébrilement à droite, puis à gauche : il était seul. Aucune trace de la femme aux longs cheveux noirs et au regard bleu pénétrant qui avait partagé sa vie dans la rue. Ce ne fût qu'une fois les yeux fermés qu'il la vit, souriante, la main sur le coeur en signe de reconnaissance. Aussi vieux et fou qu'il paraissait être, il avait compris que les alcooliques du bar de la rue d'à côté avaient eu beau se moquer, lui savait qu'elle était réelle, là, dans un endroit que beaucoup appellent "imagination" mais qu'il n'arrivait pas à nommer tant il en avait compris les richesses.
La conscience reposée, le vieil homme se resserra une dernière fois dans sa couverture et, accompagné par le regard de celle qui ne l'avait jamais abandonné, décida qu'il était temps de laisser la nature mettre un terme à une vie passée à s'habiller de rien, à ne manger que ce qu'on lui offrait et à subir le regard méprisant de personnes qu'il ne connaissait même pas. Mais quelques secondes avant sa mort, Monsieur Robert Shepard s'adressa une dernière fois à elle :

Merci d'avoir été là...

Irréelle pour les autres, mais bien présente à ses yeux. Rêver qu'elle était là lui avait permis de survivre soixante et un an, un mois et vingt six jours.
Avant que le froid n'emporte ce qui restait de lui, un dernier sourire se dessina sur son visage : il n'aurait pu rêver meilleure vie.


by Mickaël
in the Fofo Plume d'Ecrivain



ça vous fait rire ?


Admin · 352 vues · 1 commentaire
A la croisée des chemins...
16 Jul 2008 


On dit que certaines expériences changent un Homme. Naissance d'un enfant, mariage, réussite professionnelle ou encore concrétisation d'un rêve... Tout peut éveiller en un être humain une part jusqu'alors inconnue, même pour lui-même. Je viens personnellement de traverser un passage important de ma vie... je suis mort ! Et il est incroyable de constater à quel point le changement s'opère vite dans ce genre de situations... Mon corps sans vie est encore étendu près de cette voiture encastrée dans un mur que je porte déjà un regard critique sur ce que je laisse derrière moi.
Regardez-le cet imbécile en costume cravate. Tu fais moins le malin maintenant que t'embrasses le trottoire !
Il me parait inconcevable d'en être arrivé là. Je n'ai pas à me plaindre, j'avais une bonne situation me direz-vous. Certes, j'étais l'un de ces "jeunes cadres dynamiques" que la société chérit tant, ma carrière était prometteuse. Dans quelques années j'aurais épousé une belle et talentueuse femme et nous aurions eu trois enfants qui auraien tout au long de leur enfance dorée exhibé leurs vêtements de grandes marques à leurs camarades. Mais étrangement cette perspective de vie me dépasse (un comble pour un mort penserez-vous...).
Bien, reprenons depuis le début et trouvons ce qui cloche... Aussi loin que je me souvienne, je rêve de devenir l'homme étendu en ce moment sur ce trottoire depuis la fin de l'adolescence (enfin... en un peu moins mort tout de même...). Beaux costumes, grand bureau, grande maison, tout devait être immense et magnifique. Je rêvais d'un monde de richesse matérielles.
Je dois avouer que cette perspective d'avenir était plus rassurante pour mes parents que celle de devenir écrivain. Tiens... voilà une chose à laquelle je n'avais pas pensée depuis des années. Voilà l'occasion d'un nouveau retour en arrière ! Ecrire a été pour moi une passion durant l'adolescence. Je faisais de la poésie, des nouvelles puis un roman qui a beaucoup compté pour moi. Je l'aimais beaucoup...
Je me demande pourquoi j'ai arrêté de l'écrire d'ailleurs... Tu t'en souviens toi ? Hé toi ! L'homme par terre ! C'est à toi que je parle ! Ah oui j'avais oublié que t'étais mort.
Bref, réfléchissons un peu avant que je sois obligé de partir dans l'au-delà, ou un truc de ce genre. Pourquoi un adolescent animé par un rêve finit-il encastré dans un trottoire affublé du costume de Monsieur "un café et plus vite que ça" ?
On m'avait dit d'arrêter de rêver... et je l'ai fait...
Tiens, j'ai jamais aussi le dire ça... Faut croire que la mort vous enlève un sacré dose d'orgueil !
Bon, je sens des petits chatouillis dans mes orteils fantômatiques, ça signifie sûrement que je vais devoir partir d'ici ! On va donc faire vite pour résumer la situation. Trois mots suffisent : métro, boulot, dodo. Faut croire que ça te sécurisait mon gars, que t'avais peur de sortir de ta routine habituelle.. Et regarde où ça t'a ammené. T'as pas l'impression de t'être trompé de route ?

Ah je suis éclairé par une lumière bizarre, ça doit être à mon tour de partir.
Le point a été fait, je peux m'envoler. Et ben, de la haut il a l'air encore plus con lui là sur son trottoir !

By Mickaël
in the fofo : A vos plumes

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